Moment historique de la radiodiffusion

 Manchettes de journal du The Halifax Herald du 22 avril 1936 déclarant « Les hommes ensevelis entendent les sauveteurs près de la voûte souterraine. ».

Les médias à Moose River

Tard en soirée, le dimanche soir 12 avril 1936, trois hommes sont devenus prisonniers dans une mine d’or de l’Est de la Nouvelle-Écosse. Outre les sauveteurs, la nouvelle de l’affaissement attira plusieurs médias dans le village isolé de Moose River. La majorité des journalistes provenaient de quotidiens. Ils rédigeaient chaque jour des articles dont les manchettes rappelaient l’urgence de la situation, par exemple « Des mineurs luttent pour atteindre trois hommes de Toronto ensevelis dans les profondeurs obscures d’une mine d’or » et « Prisonnier d’un enfer noir ». Les journaux ne pouvaient toutefois pas livrer des comptes rendus à la minute près de la situation et le public était avide de plus de nouvelles. La radio en direct offrait la possibilité de la transmission de nouvelles immédiates, mais on n’y avait jamais eu recours de cette façon.

Les débuts de la radiodiffusion

Réplique d’un microphone à ruban.

Réplique du type de microphone que J. Frank Willis a utilisé à l’emplacement de la mine de Moose River pour capter les voix des hommes visés par les efforts de sauvetage. Le microphone à ruban a été inventé au cours des années 1920 et a constitué une percée dans le domaine de la technologie du son. Aucun autre microphone de l’époque ne pouvait égaler la clarté et le réalisme de ce microphone, qui a institué une nouvelle norme en matière d’enregistrement et de diffusion audio.

En avril 1936, la radio en était à ses débuts. Elle était considérée comme une source de divertissement : les auditeurs la syntonisaient pour écouter des radioromans, de la musique et des émissions dramatiques. Même si c’est difficile de le croire aujourd’hui, la radio ne servait pas à la diffusion de nouvelles.

Une nouvelle page d’histoire de la radiodiffusion

Journaliste de radio de CRBC J. Frank Willis en train d’interviewer les sauveteurs, Moose River, 1936.

J. Frank Willis (qui tient le microphone) interroge Billy Bedaux de Stellarton, N É., au sujet de l’opération de sauvetage.

Collection photographique de Radio Canada

Le 20 avril, huit jours après l’incident survenu à Moose River, le journaliste de radio de la Canadian Radio Broadcasting Commission (CRBC) J. Frank Willis obtint finalement la permission de ses supérieurs de se rendre sur place. Utilisant l’unique ligne téléphonique commune accessible, J. Frank Willis a marqué l’histoire de la radiodiffusion internationale. Pendant 69 heures consécutives, il a diffusé des comptes rendus en direct de deux minutes sur les événements en train de se dérouler pour en faire le premier événement d’actualité suivi pendant 24 heures en Amérique du Nord. L’auditoire grimpa rapidement à un nombre estimatif de 100 millions d’auditeurs en Amérique du Nord et partout dans le monde. Lorsque Willis signala finalement « Avis au monde : ils ont été sauvés », le message s’adressait réellement à la planète.

Vous pouvez écouter les reportages de Willis à partir de Moose River dans les archives numériques de Radio-Canada .

Des reportages qui captivent notre imagination

Photographie d’une famille assise autour d’une radio au cours des années 1930.

Still Picture Records Section, Special Media Archives Services Division (NWCS-S), National Archives at College Park, MD

Le style de reportage évocateur de Willis a permis aux auditeurs de ressentir les impressions des témoins face aux hauts et aux bas des efforts de sauvetage dans un endroit isolé où la vie ne tenait qu’à un fil.

« La torture du doute, le calvaire de l’angoisse mentale et physique, le son énervant de l’eau qui coule, le fracas et les éclaboussures de morceaux de roches qui tombent dans leur prison lorsqu’éclate une autre gigantesque charge de dynamite allumée pour les sortir. Quelles ont dû être la tension et la souffrance au cours de ces dernières semaines? Vous pouvez imaginer que cela s’est avéré trop pour Magill. »

On a raconté que J. Frank Willis a connu tellement de succès que les auditeurs refusaient de quitter leurs foyers par crainte de manquer l’un de ses reportages. C’est seulement lorsque les marchands ont installé des radios dans leurs magasins pour rendre accessibles les reportages de Moose River que les consommateurs se sont aventurés à l’extérieur.

L’exploit de Willis

Compte tenu de la période de temps pendant laquelle il est demeuré sans dormir, il a été étonnant que J. Frank Willis puisse continuer à s’exprimer si clairement et aisément. Voici comment il vécut l’expérience :

« Vous vous passiez de sommeil. Puis, vous aviez un deuxième souffle, puis un troisième, puis vous vous retrouviez dans un état semi-comateux. Vous étiez suffisamment alerte sous certains aspects : vous pouviez toujours faire votre travail, vous savez, vous tenir au courant de ce qui se passait, mais en même temps, vous ne vous sentiez pas très bien physiquement. » J. Frank Willis, Entrevue à la radio de CBC, 1968, Archives numériques de la CBC.

Une fois que J. Frank Willis eut fait preuve du potentiel des reportages de nouvelles en direct à Moose River, la radio n’a jamais été la même.

La Presse canadienne a plus tard qualifié les bulletins diffusés par Willis comme les meilleurs reportages de la première moitié du 20e siècle (époque qui a également inclus la Seconde Guerre mondiale).