Les dessins et l’aquarelles

Dessin à l’aquarelle, au graphite et à l’encre de l’Entrée du port d’Halifax et de la ville d’Halifax, N.-É., vers 1780, du lieutenant-colonel Edward Hicks.

Le terme « aquarelle » désigne un type de peinture constituée de pigments solubles à l’eau ainsi que les tableaux réalisés à l’aide de tels pigments. On peut voir les premiers exemples d’aquarelles dans des peintures de grottes réalisées il y a plus de 30 000 ans.

L’utilisation de l’aquarelle comme outil de documentation du monde a connu un essor au cours des années 1800 pour un certain nombre de raisons pratiques. La principale d’entre elles est le fait qu’il était facile de se procurer les articles nécessaires pour la création d’une peinture à l’aquarelle (papier, crayons, pinceaux, peinture et eau), qu’ils étaient légers et portatifs, et que les croquis obtenus séchaient rapidement, ce qui facilitait l’emballage et le transport. Les aquarellistes accomplis étaient activement recherchés (s’ils n’étaient pas eux-mêmes des scientifiques) au sein des expéditions archéologiques et géologiques menées dans le monde pour la documentation des nouvelles découvertes.

Les officiers militaires britanniques devaient normalement acheter leur grade d’officier. Les différents grades, de porte-étendard à lieutenant-colonel, pouvaient coûter entre 450 et 7 000 £, une somme substantielle au cours des années 1800. La majorité des officiers provenaient en conséquence de la classe riche et avaient reçu une formation classique, englobant la peinture, avant leur entrée en service.

Les officiers britanniques ormés à l’Académie militaire Woolwich étudiaient le dessin topographique, car cet art essentiel à l’exécution de leur travail. Les ingénieurs royaux préparaient des cartes et des plans en élévation; les artilleurs royaux devaient effectuer des levés et noter les particularités du paysage; et les officiers de la Marine royale apprenaient à dessiner les profils côtiers et les ports. Chacun de ces champs avait une utilité pratique (et tactique) pour les militaires et le dessin était la seule méthode de réalisation d’enregistrements visuels et de cartographie du terrain.

Paysage à l’aquarelle illustrant une section déboisée de la forêt avec des clôtures et des bâtiments le long de la rivière Annapolis.

Établissement le long de la rivière Annapolis, 1775, par le lieutenant Richard Williams. Aquarelle sur papier vergé.

AGNS: 2005.559

Comme il était tellement important d’effectuer des dessins précis, les instructeurs de Woolwich (en particulier le célèbre aquarelliste anglais Paul Sandby) ont élargi leur enseignement au-delà des notions de base pour enseigner la peinture des paysages. De nombreux militaires sont ainsi devenus des peintres amateurs accomplis. Même si on aimait infiniment l’aquarelle en raison de sa portabilité, il est difficile de bien peindre à l’aquarelle. Contrairement aux peintures à l’huile et à l’acrylique, où la peinture demeure essentiellement à l’endroit où on la place, l’eau est un support actif et complexe du processus de peinture qui change à la fois le pouvoir absorbant et la forme du papier lorsqu’il est humide ainsi que les lignes et l’aspect de la peinture au fur et à mesure qu’elle sèche. La difficulté que pose la peinture à l’aquarelle consiste presque entièrement à apprendre comment anticiper et exploiter le comportement de l’eau plutôt que de tenter de le contrôler ou de le maîtriser.

Peinture d’un paysage

La réalisation de paysages constituait une activité courante pendant les affectations de temps de paix et beaucoup des premières vues publicisées du Canada sont attribuables à ces artistes amateurs talentueux (et un peu moins talentueux). Halifax était une ville de garnison importante, de sorte qu’un grand nombre de soldats et d’officiers y ont défilé au fil des ans et beaucoup d’entre eux ont décidé de documenter ce qu’ils voyaient de la Nouvelle-Écosse dans des tableaux, des journaux, des pièces et des œuvres poétiques. Le major Petley a ainsi commenté en 1837 ses propres dessins : « Ces croquis [des Maritimes] n’étaient initialement pas destinés à la publication, mais ont simplement été réalisés pour meubler les heures de loisir de la vie d’un soldat à l’étranger ».

Paysage à l’aquarelle illustrant un bâtiment seul sur une colline rocheuse dénudée.

Le chemin de Wine Harbour, vers. 1870, de Frederick B. Nichols. Aquarelle sur graphite sur papier vélin.

AGNS: 2011.257

Les tableaux de paysages sont semblables à toutes les autres œuvres d’art, du fait qu’ils illustrent une vue sélective de la réalité – c’est-à-dire ce qu’on appelle généralement la « licence artistique ». Dans le monde de l’art, des modes dictent quels éléments ont une importance particulière à un moment donné. Les artistes se montraient prudents par rapport à ce qu’ils décidaient de peindre et les peintures produites par les artistes militaires britanniques reflètent généralement l’époque au cours de laquelle ils ont vécu. L’éducation et la formation de ces officiers affectaient non seulement comment les soldats artistes dessinaient les paysages des avant-postes coloniaux, mais aussi ce qu’ils choisissaient d’inclure.

Des paysages idéalisés étaient dessinés au moyen de principes classiques de dessin. Aucun élément à l’intérieur de l’image ne devait rendre le spectateur sensible à d’autres éléments que les charmantes scènes de beauté pastorale ou d’activité rurale à une distance sécuritaire, ou de la grâce et de l’élégance de la vie régionale.

Aquarelles de Frederick Nichols

Aquarelle d’un paysage montrant deux mineurs en train de manœuvrer un treuil au-dessus d’un puits de mine.

District aurifère d’Oldham, Whitehead, N.-É., vers 1870 par Frederick B, Nichols; aquarelle sur papier placée sur carte; 13,6 x 22,5 cm.

AGNS: 2011.264

Paysage à l’aquarelle illustrant un bâtiment en bois sur une crête déboisée.

Le chemin vers Indian Harbor, Nouvelle-Écosse, vers 1870, de Frederick B. Nichols. Aquarelle sur papier vélin.

AGNS: 2011.268

 Aquarelle d’un paysage montrant un puits ouvert et un bâtiment de surface, ainsi que d’autres bâtiments sur des collines au loin.

Partie du district aurifère de Wine Harbour, vers 1870, par Frederick B. Nichols; aquarelle sur papier placée sur une carte; 14,8 x 27,0 cm.

AGNS: 2011.267

Examinez attentivement ces peintures. Si vous les observiez sans savoir qu’elles illustrent des districts d’extraction de l’or de la Nouvelle-Écosse vers 1870, les associeriez-vous à des paysages industriels?

Probablement pas. Même si on aperçoit des bâtiments au loin et que quelques-uns représentent des chevalements-abris reconnaissables et des hommes en train de les manœuvrer, peu d’autres détails révèlent qu’il s’agissait d’une industrie active. Nichols a choisi de peindre un paysage très idyllique, réduisant les effets que l’industrie avait sur les terres. Ces images présentent toutefois quelque chose de très frappant.

Aquarelle d’un paysage montrant une série de bâtiments en arrière-plan.

District aurifère d’Uniacke, vue vers le nord-ouest, vers 1870, par Frederick B. Nichols; aquarelle sur graphite sur carte.

AGNS: 2011.256.1

Où sont tous les arbres?

On a utilisé les arbres comme combustible et pour construire des maisons, des navires et des usines. Le paysage vers le milieu des années 1800 était par conséquent beaucoup plus ouvert qu’il ne l’est aujourd’hui. De fait, même avant que l’industrie de l’extraction de l’or envahisse ces paysages, très peu de forêts vierges avaient subsisté en Nouvelle-Écosse. Aujourd’hui, seuls quelques secteurs restreints n’ont jamais été récoltés.